Comme Colin me l'avait dit, il n'eut aucun problème lors de l'entretien collectif avec l'organisateur des réceptions et ce dernier nous confirma très vite notre présence comme hôtesses et serveurs à la prestigieuse Cérémonie des Césars.
Je n'eus pas le temps de me rendre compte de cette heureuse nouvelle que je me retrouvais, un mois plus tard et une heure avant l'arrivée des célébrités, dans une magnifique salle de réception à côté de Colin qui n'arrêtait pas de prendre des photos de tout et de rien.
- Ne stresse pas, il te suffit juste de sourire le plus naturellement possible et d'être polie, m'expliqua t'il, l'½il collé à l'objectif de son appareil. Tu sais les célébrités ne feront pas attention aux employés alors la meilleure des choses est de paraître la plus invisible possible.
- Ca, je peux le faire, dis-je en utilisant ma vitesse de vampire pour me déplacer d'un point à un autre.
- Quand la salle sera pleine tu pourras le faire mais pas là, c'est trop voyant, me fit-il remarquer gentiment.
- Très bonne remarque, heureusement que je t'ai car des fois j'oublie que ...
- ... que tu es un vampire et que ta nature est de nous manger. Ce n'est pas un problème pour moi mais je ne suis pas sûr que tout le monde réagirait comme moi.
- C'est-à-dire se servir de moi comme un tapis volant pour prendre tes photos ? lançai-je avant d'éclater de rires, suivit de Colin.
L'organisateur eut juste le temps de nous rappeler nos consignes avant que plusieurs centaines de personnes n'entrent dans la salle, tous habillés de très beaux, et sans doute très chers, vêtements.
- Appelle-moi quand tu auras besoin de mon aide, soufflai-je à Colin avant de commencer à aller servir le champagne, sourire aux lèvres.
Grâce à mon ouïe de vampire, je puis écouter toutes les moindres et très intimes conversations des plus célèbres personnalités de France et quelques unes de l'étranger.
Certaines me firent sourire, d'autres rougirent si j'avais pu, puis quelques unes me firent grimacer.
Et oui, même dans le Monde de la paillette, du luxe et de la beauté, des gens souffraient ou d'autres faisaient souffrir.
- Heureusement que cela gagne bien, soufflai-je, épuisée d'entendre toutes les plaintes de ces humains.
S'il n'y avait pas Colin, c'est sûr que j'aurai violer les règles que je mettais appliquer au début de ma vie de civilisée, depuis très longtemps.
C'est vrai, en tant que vampire, j'aurai pu faire les choix d'utiliser mes capacités afin de vivre dans la luxure et le pouvoir mais cela aurait sûrement très ennuyant et surtout cela aurait été mal, très mal !
En réalité, c'était Colin qui m'avait conseillé d'utiliser au minimum mes pouvoirs afin de plus facilement me glisser dans la foule, et parce que c'était le seul humain qui me comprenait et qui m'aimait, j'avais suivi son conseil.
- Tes yeux Chrissie, souffla Colin en passant discrètement à côté de moi, ils rougissent alors va prendre l'air.
- Merci, répondis-je avant de sortir un miroir qui me montra mes yeux ensanglantés. Il faut se calmer ma fille !
Comme à mon habitude, je suivis le conseil de Colin et alla très discrètement prendre l'air sur le petit balcon d'une fenêtre.
L'air était frais mais très doux sur mon visage et je sentis que cela me détendit même si je ne m'étais pas sentie tendue avant de voir la couleur de mes yeux.
En réalité, je pense que mon plus gros défaut n'était pas d'être un vampire mais plutôt d'avoir tendance à l'oublier. J'avais tellement copié les tics et habitudes des humains que j'étais devenue comme eux.
Je n'avais pas besoin d'oxygène pourtant je ne pouvais m'empêcher de respirer, je me surprenais même des fois à tousser, à bailler voir même à frissonner.
Tiens, le seul fait d'y penser me fit rire car je me rendais compte que tout ça n'était que de la comédie, de la très bonne comédie mais dangereuse aussi.
- Ah j'aime mieux te voir comme ça, lança Colin qui avait réussi à me retrouver. C'est vrai que les yeux sanglants ça fait un peu Halloween quand on ne s'y attend pas !
- Heureusement que tu me l'as dit, t'imagines si quelqu'un m'avait vu comme ça, dis-je en imaginant la scène de folie avec les gens qui hurlent puis courent dans tous les sens. Tu me sauves encore une fois.
- Je suis ton ange gardien et toi tu vas aidé le gentil photographe à prendre la plus belle photo de la soirée et qui fera demain toutes les unes des journaux, me lança t'il avec un grand sourire.
Deux minutes plus tard et nous nous retrouvions sur une de vitres du toit, là où on pouvait voir toute la salle de réception.
- C'est comme s'il était en face de moi ou plutôt comme si j'étais dieu qui les regardait, dit Colin en zoomant avec son tout nouvel appareil photo.
- T'y vas un peu fort avec dieu ! fis-je remarquer en pouffant de rires. Puis moi je n'ai pas besoin de machine bizarre pour voir les gens.
- Ouais mais toi tu ne connais pas toutes ces personnes malgré tes deux siècles de vie, lança t'il en commençant à prendre des photos.
- Non, sans blaguer, tu connais toutes ces célébrités ? dis-je en reconnaissant les plus populaires.
- Bien sûr, me répondit-il avant de m'énoncer une centaine de noms. C'est mon métier de savoir ça.
- C'est vrai mais quand même, je suis étonnée, avouai-je avant de remarquer une d'elles.
La seule personne qui m'avait touché dans cette pièce était un jeune homme d'une vingtaine d'années, avec une chevelure en bataille, des yeux de menthe et un sourire à ce damné. Je puis aussi entendre sa voix grave et cette façon très vivante de s'adresser aux autres.
Je sens que je t'ai à nouveau perdue, me lança t'il, en me lançant un regard que je connaissais très bien.
- Il faut que je me contrôle, je sais, soufflai-je en essayant de me détendre à nouveau. C'est quoi qui cloche chez moi maintenant ?
- Oh rien à part ta peau qui a blanchi, tes muscles durcis et tes dents prêtes à mordre le premier cou venu.
- Je ne sais pas ce qu'il m'arrive, le changement peut-être, répondis-je sans quitter cet homme aux sourires des yeux. Sinon, toi qui connais tout le monde, dis-moi ce qu'il fait, lui ? !
Colin suivit mon regard et après avoir pris une dizaine de photos sur plusieurs angles, me répondit :
- C'est impossible de ne pas le connaître Chrissie, il y a des affiches de lui partout à Paris et même dans le monde entier. C'est la dernière coqueluche du cinéma, la révélation de l'année !
- Désolé mais c'est la première fois de ma vie que je le vois et cette coqueluche aurait-elle un nom par hasard ?
- Romain Partsone ! répondit-il. Il est le héros d'un très beau et bon film des fantastiques qui vient juste de sortir. C'est ce film qui la vraiment révélé.
- Pourtant j'adore le fantastique, c'est tellement marrant comment les humains imaginent les vampires, avouai-je en me rappelant tous les films de vampires avec toutes ces erreurs.
- C'est vraiment étrange qu'il ne te dise rien, toi Mademoiselle qui a une super mémoire.
- Si, ses yeux verts, je m'en souviens, avouai-je en revoyant toutes ces affiches collées partout dans la ville mais que j'avais à peine regardé.
- Quelle erreur ! pensai-je en continuant à admirer son beau visage symétrique et rayonnant.
Un bruit très fort et faisant écho, me sortit de mon rêve.
Grâce à mes dons, je pus pressentir la scène dramatique qui allait se dérouler devant mes yeux.
Un homme à l'allure banal mais fou de rage, surtout armée et sortant de nulle part, allait se diriger vers Romain.
D'après moi cet homme faisait parti du personnel de la soirée vut sa tenue très ressemblante à celle des serveurs.
Une seconde me fallut pour le reconnaître et me rendre compte que mon regard s'était posé sur lui pendant les derniers conseils de notre patron. C'était la colère qui bouillonnait à lui qui m'avait attiré sûrement.
Mais comme pour l'affiche, je n'y avais pas vraiment fait attention et cette seconde erreur allait me coûter chère.
Je ne pris pas le temps d'expliquer à Colin ce qui allait se produire, de toute façon il était bien trop occupé à prendre des photos, que je sautais du toit aussi agilement qu'un félin afin d'atteindre une de fenêtres ouverts pour me glisser à l'intérieur de la salle de réception.
Toujours avec la même agilité et la même rapidité, je traversai la grande salle toujours autant bondée sans que personne ne s'en aperçoit.
Quand je revis l'imposteur, il ne se trouvait plus qu'à deux mètres de Romain.
- Pourquoi voulait-il sa mort ? me demanda mon cerveau, mais ma raison fut plus forte et je décidai d'agit au lieu de réfléchir.
J'étais rapide, très rapide même si peut-être pas autant que ce Superman que l'on voit souvent à la télé. Remarque tant mieux car portait des collants bleus c'est pas mon truc. Enfin pour dire que grâce à ma rapidité surnaturelle, je me retrouvai très vite entre l'assassin et sa victime, n'ayant que ma peau de cuir pour me protéger. Enfin, c'est ce que je croyais car même si elles ne me tuèrent pas, les cinq balles destinées à Romain, rentrèrent dans mon corps et plus précisément dans mon ventre.
La douleur se fit très vite ressentir mais le cri ne sortit que quand je réussis à jeter d'un coup de poing l'imposteur à plusieurs mètres de moi, afin de le mettre hors d'état de nuire.
Ce fut le cas car l'homme s'écrasa violement contre un mur, assommé.
En plus de la douleur, les cris d'affolement de la foule autour de moi me firent perdre un peu conscience.
Ce n'est que le regard apeuré et interrogateur de Romain qui me rendit l'esprit, et avant que le calme ne revienne accompagné de la police, je décidai de bouger de là afin d'aller retirer ces morceaux d'acier de mon corps affaibli.


